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Ces quatre derniers mois, la FIFPro s'est attachée à garantir le retour en toute sécurité de plus de trente jeunes footballeurs africains, dont vingt joueurs du Libéria et un joueur de Guinée.

Voici le récit du voyage de ces footballeurs adolescents, un voyage qu'ils n'oublieront jamais, et qui devrait ouvrir les yeux des jeunes ambitieux dans le monde, et de tous les administrateurs de football qui ne ménagent pas leurs efforts pour protéger les mineurs (joueurs de moins de 18 ans) aux quatre coins du monde.

En avril, la FIFPro a réussi à faire revenir 16 joueurs libériens (dont 15 mineurs) à leur domicile. Ils se trouvaient en effet dans une soi-disant académie, au Laos, appartenant au club de première ligue Idsea Champasak United. Ils y étaient arrivés en février, persuadés par le capitaine du club et l'ancien joueur international libérien Alex Beyam Karmo. Il leur avait promis un grand avenir au Laos, sans tenir aucun de ses engagements.

14 joueurs sont de plus retenus contre leur volonté actuellement à l'académie du club Idsea, dont 6 mineurs. Aucun d'entre eux n'a de visa, de résidence ou de permis de travail, et leurs passeports ont été confisqués par le club. Ils ont bien informé le club de leur volonté de partir, mais celui-ci refuse de coopérer, car tous les joueurs, y compris les mineurs, ont signé un contrat.

« Voilà une histoire tragique sur le sort de jeunes joueurs de pays en difficulté, où l'avenir est loin d'être radieux. Ils ont été escroqués par des hommes sans pitié, qui leur ont promis un avenir meilleur, alors qu'ils ont pour seul objectif de les exploiter », raconte Anthony Baffoe, le secrétaire général du syndicat des footballeurs professionnels au Ghana (PFAG) qui s'est largement impliqué dans le retour des 16 joueurs.

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Tout a commencé en décembre 2014, quand Alex Karmo contacte un ami, président des Rising Stards, un club libérien de ligue de second plan. Karmo lui annonce qu'il recherche des joueurs talentueux pour rejoindre la toute nouvelle académie de l'Idsea. Le président lui fait confiance, et réunit une équipe de 25 jeunes de 14 à 20 ans, dont la moitié est issue de son propre club, et les autres d'autres équipes. Certains des mineurs sont de jeunes internationaux libériens.

Le président et les 25 joueurs se rendent au Ghana, où ils rejoignent Karmo et d'autres joueurs à un stage de formation avant de repartir pour le Laos. Karmo persuade les joueurs en leur annonçant que l'académie au Laos est un tremplin vers les grands clubs en Europe. Il promet à chaque joueur qui rejoindra l'académie 1 000 dollars, un ordinateur portable, 25 dollars par session d'entraînement, ainsi qu'un parcours scolaire. Le club remboursera également les 550 dollars environ que chaque joueur a dû débourser pour le vol vers le Ghana. Les enfants, qui n'avaient jamais entendu parler du Laos, sont tous convaincus.

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Au Laos, les joueurs sont confrontés à la dure réalité. L'académie n'a pas grand-chose à voir avec ce qu'on leur avait promis. Ni entraîneur, ni équipe médicale. Ils sont logés dans un recoin délabré du stade, qui ne peut être fermé à clé, et qui est tout sauf hygiénique. Ils n'ont que deux repas par jour : du pain le matin, du riz l'après-midi. Aucune formation n'est organisée. Ils s'entraînent deux fois par jour, mais ne participent à aucun match, car l'académie n'a pas été immatriculée officiellement.

Le règlement concernant le statut et le transfert des joueurs de la FIFA interdit le transfert de joueurs mineurs, et leur interdit de rejoindre une académie à l'étranger (Articles 19 et 19bis du règlement concernant le statut et le transfert des joueurs de la FIFA). Il existe quelques exceptions à cette règle, mais qui ne s'appliquent pas au cas des joueurs ci-dessus. Pour résumer : en vertu de ce règlement, aucun des joueurs mineurs ne peut être officiellement enregistré auprès du club. Les joueurs adultes peuvent être enregistrés, bien qu'ils doivent recevoir un certificat de transfert international officiel par l'intermédiaire de la FIFA.

Deux joueurs mineurs apparaissent néanmoins dans les matchs de première ligue de l'Idsea Champasak : Kesselly Kamara Jr et Emmerson Wleh. Kamara a même marqué un but à ses débuts, lors du match perdu à 5-1 chez Lanexang United le 28 février dernier. Un autre joueur, Adolphus Mutu Blamo, âgé de 20 ans, a participé à plusieurs matchs, alors qu'il ne dispose d'aucun certificat de transfert international.

Au bout d'un mois, la direction d'Idsea a insisté auprès de tous les joueurs pour qu'ils signent un contrat de 6 ans. Le président du club libérien a conseillé à ses joueurs de refuser, car selon lui, ces contrats étaient des « faux ». Les joueurs ont écouté ses conseils. Ils en avaient assez de leur séjour à l'académie, de toutes les promesses non tenues, d'attendre des matchs, d'espérer un hébergement meilleur des jours et des jours, etc. Les 22 joueurs ont tous informé la direction d'Idsea qu'ils voulaient directement rentrer chez eux, accompagnés du président de leur club. Mais les responsables ont refusé de coopérer, et déclaré que les joueurs ne pouvaient quitter les lieux qu'après avoir réglé leurs frais d'hébergement, de repas et de boissons. Les joueurs en étaient bien incapables et donc piégés sur le site d'entraînement.

Alertée sur la situation des joueurs libériens, la FIFPro, assistée du PFAG au Ghana (le syndicat mondial de joueurs ne comptant pas de syndicat de footballeurs professionnels libérien parmi ses membres) exerce une pression sur la fédération laotienne (LFF) pour trouver une solution. Après dix jours mouvementés, parfois angoissants (les joueurs et leur président ont été menacés physiquement) et une grande confusion, l'Idsea renvoie 17 joueurs (dont 16 mineurs) à Accra, capitale du Ghana, leur point de départ initial vers le Laos.

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Les joueurs libériens avec Anthony Baffoe à Accra

À Accra, la plupart des joueurs ont atterri dans un camp de réfugiés, car ils n'avaient plus d'argent pour retourner au Libéria. Cette situation a duré jusqu'à ce que la FIFPro décide de financer les billets de retour de ces 16 joueurs libériens. Le 15 avril, les voici finalement de retour au Libéria.

Mais tous les joueurs ne sont pas revenus du Laos. Cinq joueurs, dont quatre mineurs, y sont restés malgré le départ des autres. Certains ont insisté pour rester, car leurs parents leur avaient dit que ce serait considéré comme un échec, et que leur famille se moquerait d'eux s'ils revenaient sans avoir réussi.

Vers la fin mai toutefois, la FIFPro a été informée que ces joueurs et leurs parents regrettaient leur décision. La situation au Laos ne s'était pas améliorée, loin de là, les joueurs affirmaient même le contraire. Ils étaient piégés sur le site d'entraînement. Leur visa était arrivé à expiration en mars, ils avaient peur d'être arrêtés à l'extérieur.

Ces joueurs font partie d'un groupe de 14 joueurs africains (11 Libériens, 1 Ghanéen, 1 joueur du Sierra Leone et 1 de Guinée) âgés de 15 à 20 ans, qui veulent désespérément retourner chez eux. Ils déclarent avoir été forcés à signer un contrat, en échange d'un visa en bonne et due forme ainsi que d'un permis de séjour. Tous les joueurs, y compris les six mineurs, ont signé un contrat de trois ans. Mais après avoir signé le contrat en avril, ils n'avaient toujours pas reçu de permis de séjour ou de visa.

Le week-end dernier, l'Idsea a apparemment tenté d'organiser un match au Cambodge, afin d'exhiber (et de vendre) certains des joueurs africains (dont deux mineurs). Le match a été annulé, car le club a réalisé que les joueurs africains n'avaient aucun visa...

La FIFPro a tenté plusieurs fois d'entrer en contact avec Karmo, mais ce dernier n'a répondu à aucune des demandes de commentaires de la FIFPro.

Baffoe : « Pour la FIFPro, ce club, Idsea Champasak, et sa soi-disant académie sont un exemple clair et net de trafic d'enfants. Ils approchent de jeunes joueurs en Afrique, et essaient de les convaincre des beaux jours qui les attendent. En réalité, ils n'offrent absolument aucun avantage aux joueurs. Ils n'ont même pas d'entraînement approprié, ne proposent aucune formation, et ne s'en occupent absolument pas.

La FIFPro est extrêmement préoccupée dans la mesure où elle sait que l'académie Idsea Champasak n'est pas la seule de ce type. Il y a sans doute bien d'autres clubs et bien d'autres personnes qui cherchent à se faire rapidement de l'argent sur le dos de jeunes joueurs, au détriment de leur bien-être. Nous n'insisterons donc jamais assez auprès des jeunes footballeurs professionnels sur la nécessité de bien apprendre d'abord leur métier et de se former avant de quitter leur pays. Ils ne doivent jamais se précipiter sur un programme sans valeur, quel qu'il soit, à l'étranger ».

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