Suite à une modification des statuts approuvée lors du Congrès de l'UEFA, le président de la FIFPRO Europe, David Terrier, devient le premier représentant des joueurs avec droit de vote au sein du Comité exécutif de l'UEFA.

Terrier, ancien footballeur professionnel qui a passé 15 ans en France et en Angleterre et président de l'Union nationale des footballeurs français (UNFP), revient sur l'importance de cet événement.

Que signifie cette nomination au Comité exécutif de l'UEFA pour les joueurs ?

Cela signifie que, pour la première fois, les joueurs sont officiellement représentés au plus haut niveau de décision du football européen. Il reconnaît également que les joueurs sont une partie prenante majeure du jeu et que les décisions affectant leur travail, leur santé et leur carrière doivent être prises en présence de leurs représentants légitimes, qui doivent être activement impliqués.

Certains diront qu'un vote ne change rien. Comment réagissez-vous ?

Un vote ne change pas les résultats du jour au lendemain et nous sommes très clairs à ce sujet. Cette étape garantit que les acteurs ne sont plus en dehors de la salle. Leur position fait désormais partie d'un processus formel : elle est enregistrée, débattue et intégrée dans la gouvernance. C'est là que le véritable changement commence. Nous croyons en un secteur composé de toutes les parties prenantes. Les ligues et les clubs étaient déjà représentés au Comité exécutif de l'UEFA ; l'ajout des joueurs est une étape naturelle vers un environnement plus sain et plus équilibré.

FIFPRO Europe et l'UEFA signent un mémorandum pour permettre aux joueurs d'avoir davantage leur mot à dire dans la gouvernance du football européen

Ce n'est donc pas seulement symbolique ?

Non, la symbolique est une inclusion sans droits. Il s'agit d'un poste permanent avec droit de vote au sein de l'organe exécutif de l'UEFA. Il incorpore structurellement les joueurs dans la gouvernance. La consultation devient une responsabilité, et non une courtoisie. Cette distinction est importante, tant sur le plan politique que sur le plan juridique.

Pourquoi la FIFPRO Europe est-elle l'organisme qui représente les joueurs à ce niveau ?

C'est simple : parce que FIFPRO Europe est le représentant démocratiquement autorisé des joueurs de football professionnels, hommes et femmes, dans toute l'Europe. Nous représentons les syndicats nationaux de joueurs, les conventions collectives négociées et la réalité vécue par les joueurs à tous les niveaux du jeu. La légitimité est essentielle dans la gouvernance. Nous ne pouvons pas la remplacer par des structures artificielles ou non représentatives. En adoptant cette position, nous ne perdons pas notre autonomie, mais nous renforçons notre mandat en tant que voix officielle des joueurs.

Quel est le contraste avec ce qui se passe au niveau mondial ?

En Europe, nous pensons que la bonne gouvernance est synonyme de gouvernance inclusive. Les décisions sont plus solides, durables et crédibles lorsque les partenaires sociaux sont impliqués. Ailleurs, nous continuons à voir des décisions unilatérales et des tentatives de contourner la représentation légitime des acteurs, y compris par la collaboration avec des organismes qui ne représentent pas vraiment les acteurs. Cette approche est de plus en plus contestée, non seulement sur le plan politique, mais aussi sur le plan juridique.

David Terrier Player
David Terrier en action avec Ajaccio en 2004 (Crédit : Imago)

Quelles répercussions pratiques les footballeurs peuvent-ils attendre de cette présence à l'UEFA ?

L'impact se fera sentir avec le temps, mais il commence par un engagement précoce, un accès à l'information et la possibilité de faire part de ses préoccupations et de contribuer à un débat constructif avant que les décisions ne soient prises. Cela nous permet également de travailler avec les ligues, les clubs et les fédérations nationales, tout en garantissant que le bien-être des joueurs, la charge de travail et les droits du travail fassent partie des discussions stratégiques dès le départ, et non pas lorsque les problèmes surviennent. C'est déjà le cas dans plusieurs commissions de l'UEFA où nous sommes représentés, ce qui constitue une nouvelle étape positive.

Qu'en est-il de la gouvernance du football européen ?

Elle confirme l'engagement de l'Europe en faveur du dialogue social et des droits des travailleurs. En intégrant la FIFPRO Europe dans la structure de gouvernance européenne, le football européen renforce la confiance et la stabilité de l'ensemble de l'écosystème.

La FIFPRO Europe espère faire de nouveaux progrès pour qu'enfin, conformément à la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, les conventions collectives soient inscrites dans la gouvernance du football. Elles constituent le moyen le plus sûr et le plus durable de réglementer le football, en garantissant que les décisions affectant les conditions de travail des joueurs soient négociées conjointement plutôt qu'imposées unilatéralement.

La FIFPRO Europe rejoint le Comité exécutif de l'UEFA